Charonne : n'oublions jamais !

wb_F19ED56E36B047C8B3A89C3C618B4A0ALe 8 février 1962, des dizaines de milliers de personnes étaient venues clamer leur foi dans les valeurs de la démocratie, leur exigence de voir s’instaurer rapidement la paix, d’obtenir la mise à la raison de tous ceux qui s’y opposaient par la violence et par le crime.
50 ans après, le message de Charonne a conservé toute son actualité. Il y a 50 ans, 9 camarades de la CGT et dont 8 étaient aussi membres du Parti Communiste Français, ont perdu la vie, des centaines d’autres manifestants ont été gravement blessés par la violence policière alors qu’ils défendaient la paix, la justice, la démocratie.
Ce 8 février 1962, plusieurs dizaines de milliers de salariés, d’étudiants, de citoyens manifestaient contre l’OAS, cette organisation d’extrême droite fascisante qui avait su capter l’angoisse ou la rancœur d’une partie de la population d’Algérie, de nationalité française et qui pratiquait une politique de terre brûlée et d’assassinats ciblés qu’elle avait décidé d’étendre au territoire de la France métropolitaine.
Ironie de l’histoire, le Président de la République Nicolas Sarkozy vient de décorer, le 28 novembre dernier, « grand-croix de la Légion d’honneur » un des officiers félons de l’OAS, Hélie Denoix de Saint Marc et ainsi tente de le réhabiliter…
Le 8 février 1962, l’appel à la manifestation émanait de l’Union départementale de la CGT (dont l’appel valait pour un appel de la Confédération tout entière), de l’Union régionale parisienne de la CFTC, de l’UNEF, de la SGEN, des sections de la Seine et de la Seine-et-Oise de la FEN et du SNI qui proclamaient leur volonté à faire échec au fascisme et à instaurer la paix en Algérie.
À cet appel se sont associés la Fédération de la Seine et de la Seine et Oise du PC et du PSU (ces deux fédérations s’exprimant pour un engagement de l’ensemble de ces organisations), l’UJCF, l’UJFF, l’UEC, la Jeunesse socialiste unifiée, les étudiants PSU et le Mouvement de la Paix.
Cette manifestation intervenait en réaction après une série d’attentats perpétrés la veille, l’un d’eux destiné à frapper André Malraux, ministre de la culture s’était traduit par de graves blessures infligées à Delphine Renard, qui la rendront aveugle définitivement (nous saluons ici la présence de Delphine, que nous assurons de notre plus fraternelle considération et que nous entourons de toute notre affection).
Ce 8 février 1962, la police a réprimé avec une violence inouïe la manifestation alors même que les allocutions ont lieu et que les cortèges commencent à se disloquer, elle charge sans sommation les manifestants.
Des centaines de blessés, 9 manifestants ne se relèveront jamais, ils trouveront la mort par dans l’escalier de cette station de métro Charonne où sont venus s’entasser de nombreux manifestants qui cherchent vainement à fuir ou à se protéger et sur lesquels les policiers n’hésitent pas à projeter des grilles en fonte.
Ce 8 février 1962 a aussi éclairé d’une façon tragique le rôle déterminant joué dans ces événements par Maurice Papon, Préfet de police de Paris, après ses méfaits historiques au service du régime du Maréchal Pétain. Ce même Papon qui était félicité par Michel Debré lui témoignant sa confiance, son admiration, lui rendant un hommage vibrant en particulier pour ses qualités de chef et pour avoir exécuté sa mission délicate et difficile…
Dans les jours qui ont suivi, l’une des plus importantes manifestations de la seconde moitié du siècle avec plusieurs centaines de milliers de personnes, peut-être un million, se rassemble le mardi 13 février aux obsèques des victimes au cimetière du Père-Lachaise.
Un mois après ce drame, le 19 mars 1962, l’accord de cessez-le-feu était signé à Evian et le 1er juillet 1962, l’Algérie retrouvait son indépendance.
Cinquante ans après ce massacre d’état, nous voyons resurgir, dans un discours du ministre de l’Intérieur Claude Guéant devant une organisation étudiante d’extrême droite, l’apologie de « l’inégalité des civilisations », théorie à la base de laquelle s’est construit une autre pseudo-théorie celle de « l’inégalité des races » d’où la bête féconde est sortie, comme le dira Berthold Brecht…
On voit bien, à la lumière de l’histoire, la place qui est la nôtre aujourd’hui rassemblés ici à Charonne, pour que continue le combat contre l’obscurantisme, contre la haine, contre tous les fascismes et les dictatures.
Charonne est devenu le symbole de l’honneur de ceux qui sont morts et de ceux qui vivent animés par l’espoir de la démocratie, de la tolérance et de la paix. Ce symbole, pour qu’il reste ancré dans la mémoire collective, doit être quotidiennement rappelé, c’est ce qui a permis, à l’inauguration en 2007 de la place du 8 février 1962 et c’est ce qui devrait, à la demande de l’ensemble des organisations syndicales, partis politiques et associations, permettre un ajout à la dénomination de la station « Charonne » par l’adjonction de la mention « place du 8 février 1962 », conformément au vœu adopté par le Conseil de Paris lors de la réunion des 9 et 10 mars 2009. C’est un message adressé à la direction de la RATP, à la Mairie de Paris, au Conseil Régional d’Ile de France comme au gouvernement.
Daniel Fery avait 16 ans, Mohamed Bouazizi avait une vingtaine d’années, tous deux ont fait le sacrifice de leur vie ; l’un ne demandait que l’arrêt de la guerre et la paix en Algérie, il eu pour seule réponse la haine et la violence inouïe d’une police aux ordres de Papon… l’autre manifestait contre l’injustice et la tyrannie, il s’est immolé par le feu déclenchant la révolution de jasmin.
Comment ne pas évoquer aussi la situation que vivent d’autres peuples à travers le monde et notamment, le peuple Syrien, où les manifestations à Damas font du symbole de Charonne quelque chose de toujours vivant, un symbole pour ceux qui luttent et parfois donnent leur vie à cet idéal de justice et de paix ?

– Daniel Fery,
– Anne-Claude Godeau,
– Jean-Pierre Bernard,
– Fanny Dewerpe,
– Susanne Martorell,
– Maurice Pochard,
– Edouard Lemarchand,
– Raymond Wiltgens,
– Hyppolite Pina.

Après vous, aujourd’hui votre sacrifice se confond avec les peuples qui se libèrent au prix du sang des innocents, l’histoire est en marche à Damas ; comme ailleurs elle fait irruption.
Les crimes contre les peuples seront jugés, les dictateurs terrassés…
À vous, les martyrs de Charonne, dont les assassins lâches et serviles ont commis un crime d’État et qui pourtant ne seront jamais jugés. Seule l’histoire vivante les a déjà jugés, nous en témoignons aujourd’hui et pour demain.

Auteur: union_admin

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