28.02.2017 Déclaration soutenus par la CGT et SUD sur « Défis 2025 »

Le projet de plan stratégique « Défis 2025 » soumis à l’approbation de notre Conseil d’Administration est pour nous l’occasion de réaffirmer notre vision de l’entreprise et de son avenir.
Ce plan s’inscrit dans un contexte économique et social difficile, marqué par un chômage massif et durable, une croissance au point mort, des déficits publics importants, une baisse des recettes des collectivités territoriales, avec pour conséquences une aggravation des écarts entre le développement nécessaire et attendu des transports collectifs et les moyens mobilisés pour cela.
TVA relevée à 10 %, changement d’assiette du VT, abandon de l’écotaxe, baisse des dotations de l’Etat, etc. : autant de ressources en moins pour les transports publics ! Dans ces conditions, notre relation contractuelle avec l’Autorité Organisatrice s’en durcit d’autant avec une diminution globale des contributions du STIF, comme nous avons pu le voir à l’occasion de la renégociation du dernier contrat ou des rebasages qui s’en sont suivis.
Cette situation sanctionne l’échec des politiques d’austérité menées par les gouvernements successifs jusqu’à ce jour, et il faut espérer que le débat politique national en cours conduira l’Etat à réviser ces choix.
Dans cette perspective, nous pensons que la RATP, en tant qu’entreprise publique nationale, a un rôle primordial à jouer. Cela suppose des prises de position volontaristes sur les grands enjeux auxquels nous sommes confrontés. Puisque le but de ce Plan est de définir une trajectoire et de dessiner le visage que nous voulons donner à la RATP à l’horizon de 8 ans, il faut qu’il réponde avec clarté aux principales questions qui se posent. Voici quelques réflexions à ce propos :

  1. Il y a besoin de réaffirmer et de promouvoir le caractère public de notre entreprise.

Le statut d’EPIC est en effet aujourd’hui attaqué comme si c’était un archaïsme, le reliquat d’un passé révolu, et une anomalie qui serait désormais incompatible avec l’ouverture des réseaux à la concurrence. C’est cette idée qui est par exemple au cœur du récent rapport de l’Institut Montaigne et également dans un rapport de la cour des comptes à propos de la SNCF.
Nous pensons tout au contraire que ce statut public est une chance pour l’avenir. Car il est une condition, certes non suffisante, mais indispensable, pour mettre en œuvre un modèle de gestion novateur tourné vers l’intérêt général et non vers la rémunération d’actionnaires privés. C’est ce statut qui fait que la RATP peut être un vecteur du droit à la mobilité pour tous et aussi un instrument au service des politiques de l’Etat. De plus, c’est ce statut public conjugué à un contrat unique avec l’Autorité Organisatrice qui a  permis de dégager d’importants financements pour le développement des transports en île de France.

2. Il y a besoin de la même façon de défendre et de promouvoir le caractère intégré de notre entreprise.

On sait en effet que cet aspect original de la RATP pourrait être remis en cause par un STIF qui est tenté par le fractionnement des activités et la démultiplication des contrats.
Nous avons, dans la réalité quotidienne du fonctionnement de nos réseaux, des arguments à faire valoir pour qu’on ne s’engage pas dans cette voie où les usagers ont tout à perdre et rien à gagner. Ne faut-il pas les faire valoir dans le débat public ?
C’est en effet au travers de son caractère d’entreprise intégrée que l’EPIC tire sa force et son originalité, tant par la diversité des modes qu’il exploite que par la diversité des missions qu’il exerce : exploitation, maintenance du matériel roulant, des infrastructures et des équipements, gestion des espaces, ingénierie, recherche. Ce n’est donc pas à notre sens dans la filialisation de nouvelles activités qu’il convient de s’orienter, mais au contraire dans la réaffirmation de la supériorité, du point de vue de l’efficacité économique et sociale, de l’excellence en sécurité ferroviaire et de l’intégration des fonctions et des modes de transport au sein de la même entreprise.

3.  Il y a besoin de réaffirmer la place centrale des principes et valeurs de Service public dans les orientations de la RATP.

Ces valeurs de service public doivent être au centre du projet d’entreprise. La politique d’entreprise doit ainsi être déterminée à partir des principes d’égalité d’accès, de continuité territoriale et d’adaptabilité de service, et des missions qu’elle doit assumer en tant qu’entreprise publique, sur le plan social, politique et économique.
C’est sur cette base qu’il nous paraît nécessaire de fixer clairement à la RATP l’ambition d’être un acteur de référence sur toute la chaîne de la mobilité.
Ce sont aussi ces valeurs qui doivent être repositionnées au centre des processus RH, à commencer par le recrutement et la formation. C’est par là qu’on peut travailler à redonner du sens au travail de chacun en le connectant à l’utilité sociale. C’est aussi par ce biais qu’on règlera une très grande partie des problèmes de respect de la laïcité.

4. Il y a besoin de réviser en profondeur la stratégie de développement du Groupe.

La construction d’un groupe international ne doit pas faire perdre de vus le fait que le principal relais de croissance se situe en Ile-de-France. C’est là que doit aller la priorité de nos efforts et de nos moyens, pour l’amélioration de la qualité de service et le développement d’une offre diversifiée. Ce que l’on attend de la RATP, c’est qu’elle soit proactive sur les évolutions de réseaux à l’image de ce qui a été fait dans le passé sur le GPE ou plus récemment avec le cahier d’acteurs sur le plan bus. Et il faut affirmer clairement notre volonté de faire de l’EPIC le seul exploitant du groupe RATP dans notre région, en premier lieu pour répondre aux appels d’offres du T9, du T10 et de la ligne 15, à l’inverse des velléités actuelles de confier ces dessertes à RATP Dev.
Le marché en IDF est trop attractif pour que les groupes privés y renoncent. C’est pourquoi nous défendons l’idée de développer encore plus les relations avec les élus et associations, particulièrement à travers les agences territoriales auxquelles il faudrait donner plus de moyens. Cultivons et développons nos différences avec le privé au lieu de singer ses méthodes.
Le développement en dehors de l’IDF, quant à lui, doit s’organiser autour d’un autre modèle économique que celui de la seule rentabilité. Ces dernières années ont largement démontré que, dans le contexte de crise durable actuel, les objectifs de croissance assignés à la filiale RATP Dev conduisent à une dérive de l’endettement et à un détournement des ressources de l’EPIC sans contrepartie pour ce dernier. Il est donc indispensable de les redimensionner et de mettre en oeuvre d’autres critères de gestion pour une croissance autofinancée de la filiale.
Enfin, et c’est aussi pour une large partie une responsabilité qui incombe à l’Etat, en lieu et place de l’absurde guerre économique actuelle, il faut mettre en place un cadre coopératif avec les autres opérateurs français dont il faut une nouvelle fois rappeler qu’ils dépendent eux aussi de structures publiques.

5. Il faut que la RATP joue pleinement son rôle de bras armé d’une politique publique de relance.

Cela passe évidemment par le maintien du haut niveau d’investissements qui caractérise de longue date notre activité. Mais également par la contribution de la RATP à la reconstruction et au développement en France et en Europe de filières industrielles dans les domaines du matériel roulant ferroviaire et du bus propre.
La relance indispensable pour retrouver le chemin de la croissance et de la création d’emplois appelle par ailleurs un changement de cap sur l’emploi et de vrais efforts sur les qualifications, ainsi qu’une politique salariale bien plus volontariste.

6. Il y a enfin besoin de réaffirmer la pertinence du modèle social de l’entreprise et la volonté de le préserver.

C’est évidemment un enjeu primordial pour les salariés, mais aussi par contrecoup pour l’entreprise elle-même, car c’est une condition de leur engagement au quotidien, mais également de l’attractivité de la RATP et donc du renouvellement de ses compétences et savoir-faire.
Comme grande entreprise nationale et 2ème employeur en IDF, la RATP doit contribue à fixer la norme sociale. Elle doit donc porter un modèle social innovant qui fasse référence. Cela suppose le développement des garanties collectives et statutaires, des investissements dans les femmes et les hommes en lieu et place des opérations de productivité qui sacrifient chaque année des milliers de postes alors que l’offre de service a considérablement augmenté, une politique d’amélioration des conditions de travail.
C’est à l’aune de cette vision d’avenir pour la RATP et de ces exigences que nous jugeons le Plan stratégique proposé.
Ce plan contient évidemment nombre d’objectifs que nous partageons. Cependant, il est aussi et surtout marqué par des manques et des positionnements qui interrogent. Trois points en particulier posent problème :

  • L’absence d’engagement sur le devenir du statut public de la RATP.

Comment ne pas s’interroger à ce propos en constatant l’effacement de la place de l’EPIC au bénéfice de la notion de Groupe ? N’est-il pas du reste significatif que le Plan ne dise rien sur la part de l’EPIC dans le chiffre d’affaires de 7,5 à 8 Milliards € visé à l’horizon 2025 ?
De même, la notion d’ « entreprise intégrée » laisse place à celle de « groupe intégré », ouvrant la porte à un démantèlement de l’EPIC au profit d’un transfert d’activités vers des filiales de droit privé.

  • L’absence totale de référence au rôle de la RATP comme entreprise nationale au service des politiques de l’Etat.

En particulier, aucune mention n’est faite de la responsabilité de notre entreprise dans les enjeux nationaux de politique industrielle et de relance économique.
Le remplacement de la « culture de service public » par la « culture de service » est un autre signe d’une dérive préoccupante vers un modèle d’ « entreprise comme les autres ».

  • Le manque de clarté sur la préservation de notre modèle social et l’absence d’engagements sur le maintien du statut des personnels.

Le « cadre social commun » qui est évoqué est d’ores et déjà présenté comme devant se traduire par une dégradation des conditions de travail pour les personnels. Comment espérer les mobiliser avec une telle perspective ?
Au total, nous ne retrouvons pas dans le Plan proposé les éléments-clés que les agents de la RATP et, au-delà d’eux, tous les citoyens attachés au Service public et à la notion d’entreprise publique sont en droit d’attendre.
Nous voterons donc contre ce Plan.

Auteur: CGT_admin

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