21.03.2018 Déclaration CGT-RATP

Selon Forbes, les plus grosses fortunes mondiales ont augmenté de 18 % en 2017 lorsque dans le même temps la croissance mondiale n’a été que de 4 % !

Comment ces « gavés » en sont arrivés là ? La réponse, c’est François LENGLET qui nous l’explique de façon très concise sur France 5. Parce que la crise leur a profité grâce aux États qui ont renfloué, « parce qu’ils sont juste devant le robinet, donc ils tendent leur gobelet, alors que nous – les citoyens ordinaires – on récolte quelques petites gouttes, lorsqu’elles finissent par déborder du gobelet. » Il nous le rappelle une nouvelle fois : la théorie du « ruissellement  » ne tient pas la route.

En réalité ce discours sur le ruissèlement ne se relève qu’un slogan de marketing libéral. Chaque jour, un nouvel article en promotion à la boutique Macron. Avant-hier les vaches, hier la prison, aujourd’hui le train et demain probablement la RATP. L’épicier Macron c’est un tourbillon.

Chaque jour il part pour la pêche, chaque jour il lance les hameçons, met les filets et si ça mord dans les sondages c’est bon. Sinon on re-balance les appâts et on recommence. L’important c’est d’aller vite, d’enfumer, de brouiller les pistes pour que les petits poissons ne se méfient pas et n’aient pas le temps de réfléchir et encore moins de comprendre. La CGT lui rappelle juste qu’elle aussi elle veut des réformes mais pas celles qui servent aux prétextes aux reculs sociaux.

Comme d’habitude, la CGT prend ses responsabilités en appelant le 22 mars à une mobilisation d’ampleur qui s’inscrit dans un combat d’intérêt général pour l’avenir du service public. Plus largement les usagers y ont toute leur place.

Le devenir de nos outils collectifs et démocratiques de réponse aux besoins de la population, les conditions de travail et les garanties statutaires de celles et ceux qui font vivre le service public au quotidien, sont au centre de cette mobilisation.

Aujourd’hui à la SNCF et dans la Fonction publique, le gouvernement veut mettre en cause la maîtrise publique des missions et œuvrer à leur privatisation : projet de changement du statut juridique de la SNCF ouvrant la possibilité d’une ouverture du capital aux marchés financiers ; projets de privatisation et d’abandon de missions de la Fonction publique dans le cadre du processus « Action Publique 2022 ». La RATP et ses agents sont eux aussi dans la ligne de mire. L’issue de la mobilisation du mouvement de 1995 a semble-t-il laissé des traces dans les mémoires du pouvoir. Il tente de diviser les travailleurs mais c’est mal parti pour lui. A l’heure où certains veulent commémorer, pour faire table rase, de MAI 68, d’autres y voient un anniversaire qui nous guide vers de nouvelles conquêtes sociales qui ont fait la grandeur de notre modèle Français.

Comme nous l’avons déjà vu à la Poste et France Télécom en préalable à la privatisation, les garanties statutaires des personnels sont dans le viseur : volonté de mettre fin au recrutement sous statut à la SNCF ; extension du recrutement non-titulaire dans la Fonction publique. La précarisation est en effet un moyen de soumettre les agents à des intérêts particuliers, dont ceux de la finance. C’est aussi une condition d’affaiblissement des capacités collectives de résistance à la casse du service public.

Dans les deux cas, le gouvernement agit de manière autoritaire : menace de recours une nouvelle fois aux ordonnances ; annonces unilatérales sans dialogue préalable dans la Fonction publique. Doit-on rappeler que concerter n’est pas négocier !

Si elles devaient être menées à leur terme, les réformes engagées par le gouvernement seraient synonymes de passage d’une logique d’intérêt général à la loi du profit et de la rentabilité, de dégradation de la qualité du service public, de renchérissement de son coût pour l’usager, de dégradation des conditions de travail des agents, de précarisation.

À l’inverse de la vision gouvernementale, à la CGT nous sommes pour notre part convaincus que le progrès, la modernité, passent par plus de service public, plus de démocratie, plus d’emplois stables régis collectivement.

Notre appel à la mobilisation ce 22 mars, et les suivantes, s’inscrit dans notre refus de voir remettre en cause le service public dans ses missions, notre dénonciation d’un changement de statut des EPIC au profit de formes juridiques qui permettront à court ou moyen terme d’ouvrir le capital de ces dernières et de privatiser les grandes entreprises publiques nationales que sont la SNCF et la RATP.

Ce 22 mars, c’est aussi l’occasion pour les salariés de la RATP d’exprimer leur mécontentement sur les questions propres à l’entreprise, tels la modération salariale subie, cette année encore, le gel de la valeur du point, l’abaissement des congés « soins enfants », la mise en place d’une journée de carence en cas d’arrêt maladie et l’augmentation de la CSG …

Autant de mauvais coups qui, s’ajoutant à la suppression de centaines de postes et à la dégradation des conditions de travail qu’elle provoque, crée mécontentement social et aspiration à voir mettre en place, à la RATP, une autre politique.
Cerise sur le gâteau et nous en débâterons aujourd’hui dans cette instance, les résultats nets de l’entreprise pour 2017 sont au beau fixe. Mais l’augmentation générale par le levier de la valeur du point n’est toujours pas l’ordre du jour en 2018. Lorsque l’entreprise a des difficultés ce n’est pas le moment d’augmenter les salaires et lorsque l’entreprise va bien ce n’est toujours pas le moment. Ce discours n’est pas entendable pour la CGT-RATP. L’accord « mesures sociales »,  appelle déjà un avenant.

En ce mois de mars, le thème de l’égalité femmes / hommes doit être mis en dynamique et la CGT se félicite que la mobilisation syndicale et féministe contraigne enfin le gouvernement à annoncer des mesures concrètes. Le gouvernement reprend la proposition des organisations syndicales de passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats en matière d’égalité salariale, et d’y associer des sanctions si les inégalités salariales ne sont pas supprimées dans un délai de 3 ans.

Ces premières avancées ont été gagnées grâce à l’unité syndicale, au rassemblement des associations féministes, et à la mobilisation des salarié-e-s, pour lesquelles la CGT a joué un rôle moteur.
Pas de tour de passe-passe, à la RATP c’est plus de 7% d’écart de salaire entre les femmes et hommes qu’il faut supprimer.

La CGT rappelle aussi son exigence de mesures pour la parentalité, avec un plan de création de places en crèche, une vraie protection des femmes enceintes, un allongement des congés paternité et maternité et une augmentation de l’indemnisation du congé parental pour qu’il soit mieux partagé.

Sur les violences sexistes et sexuelles, le compte n’y est pas. La CGT, avec les 29 organisations du collectif #8mars15h40 a réalisé une consultation en ligne et recueilli en deux semaines 1604 témoignages de violences sexuelles commises sur le lieu de travail, dont 56 viols. 974 femmes ont témoigné de violences conjugales et plus de 50% d’entre elles estiment que ces violences ont eu un impact négatif sur leur emploi ou leur carrière. Alors que plus de 80% des entreprises n’ont pas de plan de prévention des violences sexistes et sexuelles, le gouvernement n’annonce aucune mesure contraignante pour les employeurs. Et toujours aucun moyen humain et financier supplémentaire, notamment pour l’AVFT, seule association d’accompagnement des femmes victimes de violences au travail, débordée et contrainte de fermer son accueil téléphonique.

La mobilisation s’impose pour que les paroles se transforment en actes. C’est loin de n’être que l’affaire des femmes, comme nous l’ont rappelé les intervenantes et les participants au débat organisé par la direction des activités économique du CRE, ici à la maison de la RATP le 6 mars.

Nous terminerons cette déclaration par évoqué le dramatique accident du travail qui s’est produit le 5 mars sur Ligne A du RER. Le bilan est extrêmement lourd :  un salarié mort, un grièvement blessé et plusieurs salariés extrêmement choqués psychologiquement.

Le 5 mars, vers 5 heures du matin, entre les gares de « Bussy-Saint-Georges » et « Val d’Europe », un salarié de la société « Colas Rail » (prestataire de la RATP) travaillant sur les voies a été heurté par un RER, provoquant son décès. Deux autres salariés se trouvaient à proximité, l’un d’eux a été blessé à la jambe, le second est fortement choqué comme la conductrice.

A ce jour, les circonstances de ce drame sont connues, par contre, les causes et les responsabilités restent à définir. Une enquête a été ouverte afin de les déterminer.

Les élus CGT au sein des Comités d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) se sont immédiatement mobilisés, ils ont eux aussi diligenté une enquête.

Perdre sa vie au travail est une cruelle réalité, chaque jour en France ce sont plusieurs salariés qui succombent en exerçant leur métier.

Cette réalité nous rappelle de la manière la plus brutale qui soit, le besoin de dispositifs de sécurité, d’équipements adéquats, de procédures sécuritaires, de formation aux risques professionnels, etc… Toute économie dans ce domaine de la part des entreprises devrait être considérée comme une faute inexcusable.

Sans tirer de conséquences hâtives sur ce drame, notons tout de même que l’époque est pour le moins particulière étant donné la perspective de suppression des CHSCT suite aux Ordonnances « Macron » sur la Loi Travail. Ce drame nous en rappelle d’autres : ceux survenus en Angleterre lors de la privatisation du rail.

La CGT-RATP a apporté tout son soutien et sa solidarité à l’égard des victimes et de leurs familles. Elle a présenté ses condoléances à la famille de notre collègue décédé.

Auteur: CGT_admin

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